Conférence 4 sur l’alimentation : tous responsables du “manger mieux”


Alimentation saine /

“L’alimentation est un véritable mode de vie et un acte militant pour notre santé et notre environnement”.

Paris, 18 novembre 2017, lors d’une conférence, Laurent Mariotte et Serge Papin nous ont fait part de leurs conseils, leurs opinions mais aussi leurs coups de gue**** à propos d’un sujet aussi important qu’est l’alimentation.

Je vous en ai fait un résumé juste en-dessous.

Laurent Mariotte, animateur et chroniqueur culinaire à la télévision mais aussi auteur de Mieux manger toute l’année

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Serge Papin, président du groupement Système U et auteur du livre Pour un nouveau pacte alimentaire

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NB : ce jour-là avaient lieu 3 autres conférences sur l’alimentation. Vous pouvez découvrir le résumé de chacune d’entre elles en cliquant sur les liens ci-dessous :

Conférence 1 : détox, mono-diète, jeûne

Conférence 2 : notre monde bactérien

Conférence 3 : entre toxicité et cruauté humaine, voilà ce que l’industrie agricole nous fait manger

Redonnons sa place à l’alimentation

Sa place en tant qu’une de nos priorités, si ce n’est notre priorité numéro 1.

L’aspect financier a pris le dessus. En demandant à l’alimentation d’être moins chère, on en a sacrifié sa qualité. Il y a 30 ans, 30% du budget des ménages était consacré à l’alimentation. Aujourd’hui, on frôle les 10%.

“Cuisiner prend du temps” non, non et non !

Très souvent, lorsque l’on conseille aux gens de se réapproprier leur alimentation en achetant des produits bruts non cuisinés et en se remettant eux-mêmes à la cuisine, ils rétorquent qu’ils n’ont pas le temps.

Mais ce temps alors, sur quoi est-il pris ?

La cuisine, c’est comme le sport. Quand on veut prendre soin de soi, on se case une séance de sport dans notre emploi du temps. Il suffit de faire pareil avec la cuisine.

Il est possible de cuisiner en 30 minutes, ce qui n’est pas énorme. Certes, la cuisson peut être plus longue mais en attendant, on peut faire autre chose.

Ces 30 minutes accordées à la cuisine nous permettent de nous reconnecter avec nos sens (odorat, toucher, goût…). Mais cuisiner est également très valorisant. C’est une activité qui donne confiance en soi et qui libère. C’est à vérifier, mais cela vaudrait peut-être une méditation.

Cependant, il faut y prendre plaisir sinon, on risque grandement de rater son plat.

Enfin, 30 minutes de cuisine, c’est aussi 30 minutes de smartphone en moins. Et clairement, on ne va pas en mourir !

“Cuisiner coûte cher” non, non et re-non !

On pense qu’acheter les produits bruts coûte cher. Mais c’est une idée reçue.

En achetant des produits de saison (un point ré-abordé plus bas), on fait des économies. Les produits de saison sont bons marchés car qui dit “de saison” dit “stock”. Sauf en cas  d’incident climatique (qui font que les prix explosent car il y a moins de produits), la saison permet d’avoir des aliments à profusion, ce qui fait baisser les prix.

De plus, la portion n’est vraiment pas chère.

Prenons un légume de saison comme la carotte, dont le prix au kilo tourne autour d’1€. Si on en prend une portion de 200g, cela nous revient à 20 centimes d’euros. Si on ajoute des protéines animales, comme du porc de bonne qualité, coûtant environ 7€ le kilo, qu’on en prend 150g, le tout (carotte + porc) nous revient alors à moins de 2€. Pour moins de 2€, nous obtenons un plat de qualité qu’on a dû (certes) cuisiner, mais qui nous coûte bien moins cher que la plupart des plats cuisinés que l’on trouve en grande surface ou ailleurs (et qui sont de moins bonne qualité !).

Une question de quantité et de qualité

Nous avons encore tendance à nous comporter comme des bûcherons : nous mangeons beaucoup trop malgré notre sédentarité. Or, on ne peut plus s’alimenter comme nos grands-parents le faisaient et qui, eux, étaient tout le temps dehors et n’avaient pas le confort que l’on a aujourd’hui.

Il nous faut réduire les portions.

Une enquête a récemment été menée montrant que la réduction de notre apport en protéines animales, remplacées par des protéines végétales, ainsi que la diminution (voire la suppression) des produits transformés amènent à faire des économies. Ainsi, cela nous permet d’inclure à notre quotidien des produits de qualité, bio et labellisés.

Pour se faire, on peut aller directement chez les producteurs qui vendent leurs produits au juste prix ou aller au marché; privilégier les productions en circuit court pour avoir une vraie traçabilité sur les produits et l’élevage.

Nutritionnistes, ainsi que tous ceux qui s’intéressent à l’alimentation, parlent de 80/20 : idéalement, il faudrait manger 80% de protéines végétales et 20% de protéines animales. On est loin du compte. Pourtant, cet équilibre n’amène que des bénéfices. Diminuer son apport en viande et poisson pour privilégier les légumes, y compris ceux de qualité, en passant par la cuisine, d’une, cela coûte moins cher mais, cela nous permet également de régler des tas de problèmes, dont l’amélioration de notre santé.

Mangeons des produits de saison pour revenir à la diversité

Les habitudes d’approvisionnement des produits, peu importe leur provenance, ont réduit la diversité. Nous sommes allés chercher loin des produits qui se ressemblent et on en a cassé la qualité et le goût.

Un des combats à mener est celui du goût. Il n’y aurait rien de pire qu’une uniformisation de celui-ci. On découvrirait les mêmes produits dans le monde entier. Or, cela n’est pas possible dans un pays comme le nôtre. Selon la géographie, nous avons des tas de variétés de légumes différentes. Nous nous devons de maintenir cette richesse.

Nous sommes arrivés à une industrialisation de notre alimentation et de notre agriculture (des mots qui ne vont pas du tout ensemble) et on sait tous les méfaits que cela cause. La grande distribution le comprend aujourd’hui et tente de proposer cette biodiversité.

Il est important d’acheter des produits à la saison afin de profiter de tous leurs bienfaits mais également afin de revenir à la diversité. Mis à part les produits exotiques que nous ne pouvons pas cultiver chez nous, ce n’est absolument pas nécessaire de faire importer des produits. Nous avons absolument tout ce dont nous avons besoin au fil des saisons pour satisfaire goûts, santé et porte-feuille.

Diversifions notre assiette

Nous avons tendance à toujours acheter et manger la même chose. Mais, comme abordé dans le point précédent, la diversité alimentaire est importante.

Enlevons donc nos œillères, allions-nous aux saisons et soyons curieux.

Lorsque l’on va faire ses courses, il faut se laisser guider par les produits qui font envie par leur forme, leur couleur, leur odeur, même si on ne sait pas comment les cuisiner. De nos jours, avec les livres de cuisine et surtout avec internet, on peut toujours trouver une bonne façon de les cuisiner. Il ne faut pas avoir peur. Au contraire, il faut oser et tenter des expériences. On se rend vite compte que c’est accessible et pas compliqué. Et surtout, on peut faire d’agréables découvertes.

Stop au gaspillage alimentaire

Les magasins ont appris à mieux gérer ce problème (organisation, coopération, matériel). Aujourd’hui, pratiquement 100% des produits sont envoyés à des association avant leur date de péremption. Système U, par exemple, a des relations avec des associations comme les Restos du Cœur.

Cependant, les français ont encore quelques efforts à faire. On jette 20 kilos de nourriture par an et par habitant, dont 7 kilos de nourriture emballée. La nourriture emballée, ce sont souvent les promotions.

Repenser et considérer la façon de faire ses courses en achetant précisément est un premier pas contre le gaspillage alimentaire. Acheter “précisément” en prévoyant ce que l’on va cuisiner, et non pas acheter “en gros” en se disant “on verra ce qu’on en fera le moment venu”. Car, souvent, le moment venu est bien trop tard… alors, on jette.

Puis en cuisine, on accommode et on recycle les restes. Vous trouverez des tas de recettes et d’astuces pour cuisiner avec les restes dans le livre de Laurent Mariotte.

Enseigner l’alimentation

Un des gros problèmes, ce sont les jeunes. Tout du moins, les moins de 40 ans. Ils n’ont pas conscience de l’importance de bien manger. Ils mangent n’importe quoi et ça empire d’année en année.

Les enfants ont une connaissance quasi nulle des aliments. Pour certains, les pâtes poussent dans les arbres, le chocolat vient de la tablette, les betteraves sont carrées…

Il y a toute une éducation à refaire, à réimplanter. On pourrait réintroduire les cours de cuisine à l’école, par exemple.

C’est un gros travail à faire auprès de nos enfants mais qui a toute son importance.

Stop aux élevages intensifs

La maltraitance animale ainsi que l’alimentation douteuse sont les deux premières raisons d’être contre ces élevages. À toujours vouloir être dans le productivisme à outrance, on en est arrivé là où on en est aujourd’hui, c’est-à-dire bien trop loin.

Mais il y a quand même quelques efforts de faits, de part la baisse de consommation et l’inquiétude des consommateurs. On entend débats sur débats concernant la viande et ses conséquences sur la santé, ce qui fait que les gens en consomment de moins en moins.

Moins grave, le goût est également un facteur à prendre en compte : de la viande industrielle low-cost n’a rien à voir avec une viande de qualité. On y perd monstrueusement en goût.

Bien évidemment, les produits de qualités ont un coût et prennent plus de temps à être “produits”. Il n’y a pas de secret et il faut l’accepter.

Chez Système U, nous avons fait ces choix là et nous encourageons nos clients à manger moins de viande mais “mieux” de viande.

De même, nous avons un engagement concernant les œufs que nous allons tenir.

Nous vendons 271 millions d’œufs par an. Il y a quelques années, 54% d’entre eux étaient issus d’élevages en cage et 46% d’élevages alternatifs. Nous avons inversé la tendance : aujourd’hui, 63% d’entre eux viennent d’élevages alternatifs et 37% d’élevages en cage. D’ici 2020, nous n’aurons plus d’œufs issus d’élevages en cage. Nous ne vendrons que des œufs issus de poulets élevés en plein air.

Tous concernés, tous responsables

Nous avons un problème de santé publique en France. L’obésité et la surcharge pondérale concernent un français sur deux, surtout chez les jeunes. Il n’y a jamais eu autant de diabétiques. En laboratoire, on recherche des molécules contre le diabète alors qu’il suffirait simplement de changer son alimentation.

On a jamais aussi mal mangé en France alors qu’on sensibilise les gens. D’une part, c’est parce que les gens recherchent la facilité et la rapidité, tout ce dont les plats préparés leur offrent. Pourtant, ils sont chers. En prenant les ingrédients principaux d’un plat préparé (sans le surplus de gras, de sel et de sucre) et en le reproduisant à la maison, cela coûte entre 2 et demi et 3 fois moins cher qu’un plat préparé. Cela a été analysé et prouvé.

Tous les professionnels de l’alimentation, y compris commerçants et distributeurs, sont concernés et c’est à eux de prendre leur responsabilités. Nous ne pouvons, et ne devons plus simplement témoigner du lien entre l’alimentation et les maladies de civilisation, sans rien faire pour changer cela.

Il en est de même pour les consommateurs qui se doivent de prendre au sérieux leur rôle de “consom’acteurs”. Manger est un acte politique, un acte citoyen. C’est à nous de dire “non” à certaines choses, d’accepter de prendre plus de temps pour cuisiner, de faire ses courses différemment, de consommer les bons aliments. Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas le droit à la pizza surgelée ou au fast-food de temps à autres. Bien sûr qu’on y a le droit. Mais, comme tout dans la vie, c’est une question d’équilibre. La variété est la source de la solution.

C’est parce qu’il y a demande de la part des consommateurs qu’il y a production. Le commerce n’invente pas grand chose. Il ne fait que s’adapter à son époque qui évolue sans arrêt. Dans les années 80 est née une soif de consommer plus et de tout rendre accessible, c’est pour cela qu’il y a une guerre des prix au détriment de la qualité des produits. Les consommateurs sont plutôt dans une logique consumériste et en oublient leur santé. Heureusement, cela commence à changer. On est plus lucide sur la relation alimentation/santé, alimentation/environnement, alimentation/emploi.

Tout comme la situation des paysans qui est, à ce jour, catastrophique. Il est quand même incroyable de voir que des gens qui se donnent autant de mal ne parviennent pas à se nourrir eux-mêmes. Le salaire moyen d’un paysan est de 750 euros. Or, il faut que cela change et que les agriculteurs puissent vivre correctement. Il faut revenir à du bon sens.

Changements et réconciliations sont à faire au niveau de la filière. Il faut que la grande distribution, la marque et le producteur/agriculteur se mettent d’accord sur un prix, bénéficiant le producteur, et que celui-ci soit respecté.

Nous en sommes conscients et commençons à sortir de ce mauvais schéma. Nous travaillons sur une meilleure considération des agriculteurs et de leur travail. Mais cela ne peut pas se faire en un claquement de doigts. Il faut du temps.

Le processus évolue et les agriculteurs suivent car ils savent qu’ils gagneront mieux leur vie, tout en répondant aux attentes des consommateurs.

 

 

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